07.04.2008
Profanations, rite d'entrée néo-nazi et satanique
Dimanche, 148 stèles du carré musulman ont été profanées dans le cimetière Notre-Dame de Lorette, un mémorial de la première guerre mondiale près d'Arras. Il y a un an déjà, au même endroit, des symboles nazis souillaient 52 tombes de ces soldats français musulmans. Cette fois-ci, insultes racistes et islamophobes se mêlent aux croix gammées et aux slogans identitaires ("white power").
L'influence du satanisme
Ces dernières années, les profanations n'ont cessé d'augmenter en France. Leurs auteurs brouillent les pistes, mélangeant motivations racistes, néo-nazies et... sataniques. Dans son rapport publié la semaine dernière, la Mission interministérielle de lutte contre les sectes (Miviludes) consacrait d'ailleurs plusieurs pages à la montée du satanisme. Les cimetières juïfs et chrétiens ne sont ainsi pas non plus épargnés par le phénomène. En mai 2007, un article du journal La Croix évoquait le rite le plus fréquent d'entrée dans des groupuscules satanistes ou néo-nazis : la profanation de cimetières.
En 2000, Bruno Fouchereau réalisait ce reportage pour le Vrai journal de Karl Zéro sur les liens entre satanisme et extrême droite
Preuve que toutes les religions sont concernées par l'épisode scandaleux de dimanche dernier : une marche interconfessionnelle rassemblant musulmans, juifs et chrétiens était organisée aujourd’hui, à 16 h, à Notre-Dame-de-Lorette.
18:00 Publié dans Point de vue sur l'actu | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : lorette, neo-nazi, tombes, musulmans, profanation, satanisme
Discrétion musulmane après les profanations
Le concert habituel des très médiatiques et désormais officielles "réactions" s'est amorcé dès dimanche après la découverte des profanations des stèles musulmanes à Notre-Dame de Lorette,. Tous les responsables politiques qui, par le hasard du calendrier, se trouvaient dimanche sur les plateaux de télé ou de radio, ont dû improviser une petite phrase de condamnation un peu convenue.
Brouhaha médiatique, discrétion musulmane
Beaucoup de politiques et d'associations habituelles (MRAP, SOS-Racisme) se sont exprimés, spécialistes du communiqué réactif qui fait les affaires du journaliste radio, sous pression à deux minutes de son flash info. Mais en dehors de la déclaration face caméra dimanche de Saadi Bahssine, président du conseil régional du culte musulman dans le Nord-Pas de Calais, vous aurez du mal à entendre beaucoup de réaction de ses coreligionnaires, réfugiés dans une discrétion anti-surenchère.
Sur le net, l'extrême droite est la plus bavarde
Quelques citations de dignitaires musulmans du Nord dans la presse, pas grand chose sur le net. La blogsosphère musulmane préfère parler de foi que d'actualité. Côté officiel, l'UOIF (l'Union des organisations islamiques de France, plus importante association française) ne publie rien sur son site; Sobre communiqué de Dalil Boubakeur, recteur de la mosquée de Paris: "nous constatons que cet acte d’islamophobie est particulièrement abject et ignoble, et attendons des pouvoirs publics de faire toute la lumière sur des actes inadmissibles." La Ligue nationale des musulmans de France ne reproduit que la dépêche de l'agence Reuters.
Bref, côté blog, c'est surtout l'extrême-droite qui publie le plus de messages... pour se désolidariser d'actes odieux qui pourraient lui retomber dessus ou pour dénoncer le fait qu'on ne parle pas assez des profanations de cimetières chrétiens. Les dégradations dans celui de la Rochelle le même jour leur a fournit la preuve idéale.
17:50 Publié dans Point de vue sur l'actu | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : profanations, lorette, musulmans
26.02.2008
La laïcité en danger ? Libération répond oui et non dans le même numéro
"Et la laïcité, nom de Dieu ?" Le journal Libération titre aujourd'hui, en grosses lettres noires, style "J'accuse" de Zola, pour s'associer à l'appel "Sauvegardons la laïcité de la République". Plus de 100 000 signatures déjà récoltées. Une tribune collective dans ses pages rebonds va même jusqu'à parler d'une "remise en cause violente et globale" de la laïcité. Bigre ! De la violence ? La loi de 1905 serait-elle menacée ?
Pas encore et loin de là. Or c'est pourtant dans la même édition du journal que se trouve cette réponse rassurante à une peur excessive. Dans un très bon article, Catherine Coroller écrit, en parlant des catholiques : "La hiérarchie s’accomode très bien de la loi de 1905 qui confie à l’Etat l’entretien des cathédrales, et aux communes celui des églises, et n’a aucune envie de se faire instrumentaliser par un Président omnipotent." En effet aucun dignitaire religieux ne s'est élevé contre le principe de laïcité, c'est à dire celui de la neutralité dans l'Etat en matière religieuse.
La polémique repose donc exclusivement sur la crainte de milieux laïques très chatouillés par deux discours récents de Nicolas Sarkozy. C'est un peu léger pour crier au loup quand aucune proposition ou projet de loi n'ont encore été annoncés. Certes, à Rome et Riyad, le président a clairement évoqué le rôle positif des religions. Une nouveauté considérable qui doit être analysée et débattu. Un débat d'autant plus légitime que la société française et le fait religieux ont beaucoup changé depuis 1905.
Mais finalement le débat peut-il avoir lieu ? Ceux qui crient à l'atteinte au principe de laïcité discutent tout seul et s'agitent face un adversaire imaginaire. Danger, violence, combat,... des mots brandis pour raviver une guerre dont personne ne veut.
(photo : Sarkozy reçoit les représentants des religions pour les voeux à l'Elysée en janvier 2008. Ena/AFP)
19:50 Publié dans Laïcité | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : laicite, liberation, sarkozy, rome, riyad
15.02.2008
L'île, ou comment filmer la foi
Critique de film
Plus d'un an après avoir rencontré un succès considérable en Russie , L'île est sorti en France le 9 janvier dernier. Cette oeuvre magnifique autour de la foi orthodoxe sera inévitablement un choc pour le spectateur occidental, croyant ou non.
Déjà primé à Cannes, Pavel Lounguine s'attache pour la première fois à un sujet religieux, et délaisse pour un temps sa peinture sociale de la Russie post-communiste. Il nous entraîne ici dans un monastère orthodoxe, bâti sur les rochers d'un archipel isolé, où un véritable "fol en Dieu" perturbe la vie bien ordonnée des moines. Tourmenté par un crime commis pendant la guerre, le Père Anatoli cherche sans fin la paix divine et entraîne mystérieusement à sa suite tous ceux qui le croisent.
Traiter une question religieuse dans un film n'est jamais aisé. Il faut éviter de créer la polémique ou de tomber dans l'agaçante leçon de morale. Et si vous décidez comme Pavel Lounguine (photo ci-dessous) de dépeindre la foi, cet indiscernable orientation de l'âme, c'est l'ennui ou le grotesque qui vous guette. Le cinéaste russe s'en tire avec brio, grâce à la solidité d'un scénario où l'humble description admirative prend la place de tout discours dogmatique.
Le sujet peut paraître aride à ceux que la mystique rebute. Pourtant cette symphonie spirituelle bouleverse aisément les coeurs, par la finesse de la mise en scène et les subtilités du scénario consacré à la contemplation et non la démonstration militante. Croyant ou non, chacun trouvera de quoi ébranler ses certitudes. Certains même trouveront cela désagréable ; Pavel Lounguine ne cherche pas à brosser son téléspectateur dans le sens du poil, il veut le confronter à des questions existentielles parfois plus facile à fuir.
Le Père Anatoli est le "saint" de cet île, tellement loufoque que les croyants attirés par sa réputation ne le reconnaissent même pas. Le spectateur aussi, qui met de longues minutes à se rendre compte que ce croyant admirable dont il a entendu parler dans tous les synopsis est bel et bien ce pauvre homme sale et râleur. Vous attendiez un champion olympique des vertus, patient, doux et silencieux. Lounguine brise le cliché naïf avec ce moine atypique, où la sainteté apparaît pour ce qu'elle est : non pas comme un trait de caractère, mais comme une disposition intérieure face à Dieu.
Nulles déclarations dogmatiques ou moralisantes dans ces deux heures de symphonie mystique. Juste une description délicate et élégante de la foi de ces hommes, à travers la douceur des paysages enneigés. Car le Père Anatoli n'est pas seul. Un jeune pope et le père abbé sont pourtant les deux seuls autres moines que vous entendrez. Le premier, largue culture et brillante intelligence, vit sa foi avec les excès du volontarisme et l'amour de la règle. Le second, avec une naïveté et une bonté d'enfant qui l'aveugle cependant. Comme le spectateur, tous deux sont tour à tour choqués, émerveillés, agacés, surpris par le "Saint". Mais finissent par rendre les armes devant un homme simple tellement habité par la présence de Dieu.
Prière pour les uns, opéra mystique pour les autres, bondieuseries irritantes pour les plus allergiques, L'île ne se visite en tout cas pas avec un cornet de pop-corn. Sorti quasiment en même temps qu'Into the wild, il en est un superbe écho, version russo-orthodoxe.
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La bande annonce :
(Crédit photos : Rezo Film / AFP-Herzog / Rezo Films)
12:15 Publié dans Culture (cinéma, livres,...) | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : L'ile, cinema, orthodoxie, lounguine, russe, anatoli
Bienvenue dans un monde de religions
Ce blog vient d'ouvrir. Il a vocation a devenir un support d'information sur l'actualité religieuse, principalement en France.
Qu'il soit croyant ou non, la vie de chacun est marqué par le fait religieux : lieux de cultes qui font partie de notre paysage, fêtes religieuses, positions éthiques ou politiques, modes de vie particuliers, us et coutumes marquées par la foi, mouvements caritatifs ... Autant de sources de richesses à présenter, autant de causes d'incompréhension si elles ne sont pas expliquées et éclairées.
Le fait religieux est complexe. Difficile d'en rendre compte avec justice à la vitesse d'un journal télé ou dans la brièveté d'un flash d'info à la radio. Dès qu'il s'agit de religion, la violence des propos souvent lus sur les forums internet ou dans les commentaires de blog révèlent un profond manque de connaissances et un gros bagage de clichés, sources de conflits. C'est, entre autre, l'une des justifications du travail journalistique sur ces questions.
Par des reportages, des enquêtes ou des analyses, je souhaite ici passer en revue quelques enjeux actuels tels que l'essor de l'Islam, les mouvement de renouveaux chrétiens, la "laïcité positive" invoquée par Nicolas Sarkozy, ou encore les enjeux de bioéthiques.
Bonne lecture
12:10 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : presentation, enjeux, actualite religieuse, enquete, reportage










